Sursemer pour réparer une prairie abîmée ou pour enrichir une pâture demande autant d’observation que de technique. Vous allez découvrir ici comment un entrepreneur de Haute‑Savoie réalise entre 70 et 80 hectares par an, quels réglages comptent vraiment et pourquoi le bon mélange de graines change tout.
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Pourquoi sursemer ?
Le sursemis vise deux objectifs simples. D’abord, réparer des zones endommagées par le gibier ou les nuisibles. Ensuite, améliorer la richesse fourragère d’une prairie pour augmenter la qualité du foin ou la production de pâture.
Dans les massifs alpins, le défi principal est souvent les campagnols. Ils creusent et laissent le sol nu. Les sangliers provoquent, eux, des dégâts plus bouleversants mais localisés. Ces différences imposent des méthodes distinctes.
La méthode d’Arnaud : principes essentiels
Arnaud Genand surseme 70–80 ha par an. Il commence habituellement début avril, en surveillant le gel. Si la jeune pousse lève et qu’un gel la frise, c’est perdu. Les derniers semis ont lieu au plus tard le 15 mai pour éviter la concurrence des adventices.
Il choisit la date selon la météo et l’état du sol. Pluie battante et ruissellement peuvent emporter le semis. Le sol doit être assez ressuyé pour que les rouleaux fonctionnent sans coller.
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Le matériel : un semoir en deux parties
Pour ses travaux, il utilise un semoir Güttler GreenMaster 300 de 3 m. Le principe est simple et malin : une partie est montée à l’avant du tracteur, l’autre à l’arrière. C’est une question d’équilibre et de finition.
À l’avant, des dents de herse et une planche type Ripperboard nivellent et arrachent le paturin. À l’arrière se trouvent la trémie de 200 litres, les rouleaux et le système de distribution. Le tracteur est jumelé avant/arrière pour ne pas marquer la parcelle.
Réglages et précautions
Dosage et distribution
La distribution est mécanique, entraînée par une roue squelette. Une soufflerie transporte la graine. Arnaud a deux bobines de dosage pour adapter à la taille des semences. Il règle au kilogramme près. Pour les légumineuses, la densité varie entre 2 et 5 kg/ha.
Il effectue au moins dix pesées de contrôle et consacre au minimum 30 minutes au réglage à chaque fois. Ce soin évite gaspillages et mauvaises levées.
Vitesses et passes selon les dégâts
Il sème entre 8 et 10 km/h. Face à des dégâts de campagnols, un seul passage suffit car la terre est déjà affinée. Pour des dégâts de sangliers, il réalise deux passages : un premier à vide pour niveler, puis un second en semis, souvent perpendiculaire au premier.
La mécanique du rouleau et les limites
Le rouleau est de type « patte de mouton ». Il enfouit et rappuie la graine tout en restructurant le sol. Mais dès que la terre colle, le rouleau s’encrasse et le travail devient impossible. D’où l’importance d’un sol bien ressuyé.
Le semoir demande un distributeur hydraulique simple effet et une prise trois plots pour l’alimentation. La trémie de 200 L assure une bonne homogénéité des mélanges quel que soit la taille des graines.
Amendements et conduite des prairies
Sur ses 30 hectares de production de foin, Arnaud réalise trois coupes par saison. Il a corrigé l’acidité des sols par un chaulage ciblé. Résultat : diminution sensible des rumex et géraniums. Il ajoute aussi du fumier au début du printemps et du lisier entre les deux premières coupes.
Il a testé plusieurs approches : semis de printemps, semis après la troisième coupe début septembre, semis à la volée. Le printemps reste son choix de prédilection. Le semis à la volée a donné de faibles levées, d’où l’investissement dans un semoir de sursemis.
La pose de ruches a été une surprise positive. Grâce à la pollinisation, la proportion de trèfle blanc a augmenté, et la valeur fourragère avec elle.
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Choisir le bon mélange et la bonne densité
Arnaud distingue deux usages. Pour réparer vite, certaines coopératives proposent un mélange axé sur le ray‑grass, appliqué à 30–35 kg/ha. C’est efficace à court terme mais peu durable. Le ray‑grass peut vivre seulement 3 à 4 ans dans ces conditions.
Lorsqu’il fournit les semences, il réduit la densité à 20–25 kg/ha, même sur sol nu. Cette approche privilégie la pérennité plutôt que la solution immédiate.
Conseils pratiques pour vous lancer
- Surveillez le gel et évitez les semis avant un épisode de gel annoncé.
- Vérifiez que le sol est ressuyé pour éviter l’encrassement du rouleau.
- Adaptez la densité selon vos objectifs : 2–5 kg/ha pour légumineuses, 20–25 kg/ha pour mélanges pérennes, 30–35 kg/ha pour régénération rapide.
- Faites des pesées et des tests de réglage systématiques avant de semer l’intégralité de la parcelle.
- En cas de dégâts importants, pensez à un passage de nivellement séparé.
Le sursemis n’est pas une opération magique. C’est un enchaînement de gestes précis. Mais bien mené, il redonne vie à une prairie, améliore les foins et réduit la dépendance aux surfaces achetées. Si vous hésitez encore, commencez par un essai sur quelques ares et ajustez vos réglages. Vous verrez la différence au premier cycle de coupe.


